Histoire de Saint-Mandé

De l’origine de Saint-Mandé

Saint Maudez, sur un vitrail de l'église de La Croix-Helléan (Morbihan).Saint-Mandé doit son nom à un Saint abbé breton MANDÉ ou plus exactement MAUDEZ qui vivait au VIe siècle. Certains auteurs, s’appuyant sur des écrits de Saint Albert le Grand, ont voulu voir en lui le deuxième fils d’un roi irlandais. Il semble beaucoup plus vraisemblable qu’il était d’origine bretonne. Après avoir évangélisé la Cornouaille britannique, il se fixa en Bretagne, dans l’archipel de Bréhat. Saint-Mandé, dont la fête est célébrée le 18 novembre, est invoqué principalement contre les fièvres et les serpents. Il est, après Saint Yves, l’un des plus vénérés parmi les Saints de Bretagne. Les invasions normandes firent transporter ses reliques à travers la France. Vers la fin du Xème siècle, l’une d’elles parvint à Paris. Au siècle suivant, elle fut transférée dans le Bois de Vincennes et, pour l’abriter, on construisit une chapelle à laquelle s’annexa bientôt un prieuré que l’on trouve mentionné dans un acte du 25 juin 1203 comme dépendance de l’abbaye de Saint-Magloire de Paris et résidence de l’Abbé.

Du XIIIème siècle à la Révolution

Les moines, fort peu nombreux, qui desservaient le prieuré, furent les premiers habitants de Saint-Mandé. Bientôt, quelques laboureurs et vignerons s’installèrent et eurent droit d’assister aux offices dans la chapelle bien que, jusqu’à la Révolution, l’autorité paroissiale eut son siège à Charenton-Saint-Maurice (aujourd’hui Saint-Maurice) dont les curés se réservaient toujours le droit, sous l’Ancien Régime d’administrer les sacrements essentiels.

Le prieuré fut, dans la seconde moitié du XVIIème siècle, réuni à l’archevêché de Paris. L’un des derniers prieurs avait été Antoine FURETIERE, auteur du « Roman bourgeois » et qui eut des démêlés avec l’Académie Française, dont il était membre, pour avoir publié un Dictionnaire de la langue française avant la docte assemblée. Philippe-Auguste fit aménager une ménagerie à l’emplacement de l’actuelle mairie pour y enfermer les animaux sauvages que Richard Cœur de Lion lui avait offerts. A partir de 1274, le roi Philippe Le Hardi, qui désirait agrandir le domaine royal du Parc de Vincennes, acquit de nombreux terrains appartenant aux habitants de la localité. Ils durent reconstruire un peu plus loin leurs demeures, en bordure du mur de clôture que le Roi avait fait édifier. La  » chiaussé de l’Estanc « , mentionnée pour la première fois en 1276, le longeait.
Au siècle suivant, fut construite la Tourelle de Saint-Mandé, attenante à la maison des gardes qui constituait une défense avancée du Château de Vincennes. En 1376, le roi Charles V accorda aux habitants du hameau, par charte royale, un certain nombre de privilèges dont jouissaient déjà ceux de Vincennes.

Le plus ancien Seigneur de Saint-Mandé dont le nom soit parvenu jusqu’à nous est Guy de la Forêt. Du XVIème siècle jusqu’à la Révolution, la Seigneurie de Saint-Mandé passa successivement dans les mains des familles d’Orgemont, de Fortia, de l’Arche, d’Aumale, le Camus, Nicolaï et de Bérulle.

Portrait de Nicolas FouquetEn 1657, le Surintendant FOUQUET vint s’installer à Saint-Mandé au lieu dit de l’Epinette. Il désirait constituer un domaine de plaisance, voisin du Château de Vincennes où Mazarin, avec lequel il était lié, passait l’été. Fouquet y fit des travaux somptueux : la bibliothèque contenait 30 000 volumes, les jardins 200 orangers; les appartements renfermaient de nombreuses oeuvres d’art et des tableaux de grands prix. La propriété reçut la visite du jeune roi Louis XIV et de Mazarin.

Après la chute du Surintendant en 1661, elle resta longtemps abandonnée. En 1705, elle fut occupée par les religieuses hospitalières de Gentilly qui y tinrent un hôpital jusqu’au début de la Révolution.

Après leur départ, vers 1795, le terrain fut loti.

Saint-Mandé sous la Révolution et l’Empire

En 1787, la réorganisation administrative de la France, qui plaçait la commune de Charenton-Saint-Maurice dont dépendait Saint-Mandé dans le département de Corbeil, laissa les Saint-Mandéens indifférents. Il n’en fut pas de même en 1789 lorsque l’Assemblée Nationale décida de remanier l’organisation administrative pour donner une réelle autonomie aux municipalités de 1787.

Le 23 juin 1790, les habitants adressèrent une pétition à l’Assemblée Nationale pour réclamer leur indépendance puis, sans attendre la réponse, ils procédèrent le 30 juin 1790 à l’élection de leur première municipalité. Les Charentonnais protestèrent en vain ; le décret du 19 octobre 1790 reconnut l’existence de la Commune de Saint-Mandé. Son territoire qui, jusque-là ne dépassait pas l’actuelle avenue du Général Michel Bizot était agrandi jusqu’aux boulevards dits des Fermiers Généraux, c’est-à-dire jusqu’au Boulevard de Picpus actuel.

A l’époque de la Révolution, Saint-Mandé ne comptait guère que 200 habitants. La vente de biens nationaux favorisait la construction et la population augmenta rapidement pour doubler à la fin de l’Empire. D’importantes propriétés de campagne avec parcs et jardins, des petits pavillons furent construits après le morcellement de l’ancien domaine seigneurial.

En 1814 et 1815, les armées alliées faisant le siège de la place de Vincennes défendue par Daumesnil, le célèbre général à la jambe de bois, occupèrent les villages à l’entour et c’est sur les mamelons qui surplombent le lac de Saint-Mandé que furent établies les batteries de gros calibre destinées à attaquer le front ouest du Fort.

En 1814, un rude combat, au cours duquel se distinguèrent les élèves de l’Ecole de Polytechnique se déroula aux abords de la Tourelle de Saint-Mandé. En 1815 , le siège se réduisit à un blocus.

Le 30 mars 1814 à Saint-Mandé, l’intervention d’élèves de Polytechnique, canonniers, tentant de faire barrage à une colonne russe.

Aux XIXème et XXème siècles

Saint-Mandé prit, grâce au travail des édiles municipaux, un rapide essor à partir de la Restauration.

Une première mairie fut construite en bordure des actuelles rue de la République et place Charles Digeon en 1831. En 1865, elle fut démolie puis reconstruite à son emplacement actuel. Elle sera agrandie et embellie en 1935 et sa salle des fêtes, une des plus belles de la région parisienne, sera rénovée entièrement en 1963.

Saint-Mandé eut très tôt une vocation sociale. L’hospice Saint-Michel fut fondé en 1825 sur son territoire grâce au legs Boulard. L’hospice Lenoir Jousseran qui lui est contigu, le fut en 1880 grâce au legs de Madame JOUSSERAN, veuve de M. LENOIR. Depuis 1858, le nouvel hôpital militaire de la région parisienne qui prit plus tard le nom d’hôpital Bégin était en service. L’Institut Départemental des Aveugles, créé en 1880 à Maison Alfort, fut transféré dans notre commune en 1889. Le service de la Protection maternelle et infantile inauguré en 1949 et la Crèche-jardin d’enfants qui le fut en 1955 comptent parmi les meilleures réalisations départementales de ce genre. Ils furent édifiés sur des terrains légués à la commune par Madame GREVIN, veuve du fondateur du célèbre musée. Monsieur et madame GREVIN habitèrent Saint-Mandé.

La population augmentait rapidement bien que l’extension continue de Paris eût entraîné à deux reprises l’annexion à la capitale d’une partie du territoire communal. Le 1er janvier 1860, la superficie de celui-ci est passée d’environ 500 ha à 245. Une nouvelle amputation en 1929 la réduisait à 92 ha. La ville, presque entièrement enclavée dans sa puissante voisine, n’en a pas moins conservé sa personnalité et son caractère de cité résidentielle très appréciés de ses habitants. Ceux-ci étaient 1 700 en 1830, 5 000 en 1859, 2 600 en 1860 après l’annexion par la ville de Paris du territoire compris entre l’enceinte des Fermiers Généraux et les nouvelles fortifications militaires, 4 500 en 1866, 15 700 en 1901, 25 000 en chiffres ronds au recensement de 1962, 18 680 en 1990.

La tombe d'Armand Carrel dans le cimetière nord à Saint-mandéParmi les événements notables, citons le duel mortel qu’au bois de Vincennes, le publiciste Armand CARREL eut en 1836 avec Emile de Girardin. Il succombait le surlendemain à Saint-Mandé et fut inhumé au cimetière nord. Une foule considérable suivit son convoi. Sa tombe est surmontée d’une belle statue de bronze due au célèbre sculpteur David d’Angers.

De nombreuses personnalités ont habité ou résidé pendant quelque temps à Saint-Mandé : l’impératrice EUGENIE, FRANCOIS II, dernier souverain du royaume des deux Siciles, Victor Hugo pendant deux mois en 1843, Georges COURTELINE et son père Jules MOINAUX, le compositeur Jacques OFFENBACH, le chanteur PAULUS, etc… Yvette GUILBERT, la célèbre créatrice du « Fiacre » de Xanrof, fut élevée à Saint-Mandé, mais également Alexandra DAVID NEEL, orientaliste réputée, grande voyageuse, qui aimait se définir comme une parisienne de Saint-Mandé ainsi que Germaine Tillion, scientifique, écrivaine et résistante qui habita 30 ans à Saint-mandé et y finit sa vie.

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